Fibromyalgie et CBD.

Longtemps ignorée et reléguée au rang de maladie psychosomatique, la fibromyalgie a été reconnue comme une pathologie chronique en 1992 par l’OMS ce qui a permis la multiplication des études scientifiques sur le sujet. C’est aujourd’hui environ 2% de la population française qui se voit fortement affectée tant physiquement que psychologiquement par cette maladie dont l’origine reste mystérieuse. Face aux difficultés sociales et professionnelles qu’elle génère (notamment un fort taux d’incapacité pour environ 50% des personnes touchées), les pouvoirs publics et les autorités de santé se sont emparés du problème. Nous allons dans une première partie vous décrire la fibromyalgie, ses symptômes et ses traitements puis nous verrons en quoi le CBD pourrait constituer une piste sérieuse afin de compléter les outils déjà existants pour soulager les patients.

Qu’est ce que la Fibromyalgie ?

La fibromyalgie est considérée comme une douleur nociplastique c'est-à-dire provoquée principalement par une défaillance du système de contrôle de la douleur. Elle se manifeste par des douleurs chroniques et une hypersensibilité. Elle touche principalement les femmes dans une tranche d’âge de 40 à 50 ans.

 Les symptômes de la fibromyalgie sont :

  • Symptômes neurologiques
  • Douleur chronique (nuque, coudes, épaules, genoux, hanches…)
  • Hyperalgie et allodynie (hypersensibilité à la douleur)
  • Fatigue chronique
  • Trouble du sommeil
  • Trouble de la mémoire, problèmes cognitifs
  • Troubles anxieux dépressifs

Ces symptômes peuvent largement varier d’un patient à l’autre. Elle est donc d’autant plus difficile à diagnostiquer surtout qu’il n’existe à ce jour pas de biomarqueur pertinent afin de la détecter. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une petite partie de la communauté scientifique reste septique face à son existence tant que maladie chronique la qualifiant parfois de « maladie imaginaire ». Pour établir un diagnostic les médecins s’appuient sur un score de douleurs diffuses et un score de sévérité des symptômes associés. Il existe aussi un auto-questionnaire de 6 questions appelé FIRST qui offre la possibilité de savoir si l’on est concerné par cette maladie.

Les causes de la fibromyalgie ne sont pas encore clairement définies à ce jour mais on sait que plusieurs facteurs entrent en ligne de compte :

  • Facteurs biologiques : il existerait au niveau du système nerveux central une altération du mécanisme de perception de la douleur engendrant une hypersensibilité et un seuil de tolérance à la douleur plus faible. Autre piste des fibres nerveuses endommagées pourraient être à l’origine du phénomène. Enfin le patrimoine génétique est aussi à l’étude.
  • Facteurs psychologiques : ils semblent jouer un rôle prééminent, de nombreux patients ont subi par le passé des traumatismes pouvant être des éléments déclencheurs ou des facteurs aggravants. De plus l’isolement social, l’hypersensibilité et la difficulté à gérer les émotions, un tempérament inquiet et alarmiste seraient un terreau propice au développement de la pathologie.
  • Facteurs sociaux : bien qu’elle touche toutes les catégories de la population des analyses tendent à montrer que les classes sociales populaires et les personnes exerçant des métiers à forte pénibilité sont plus concernées par la maladie.

Quels sont les traitements possibles?

Les patients souffrants de cette maladie sont souvent confrontés à une longue errance médicale. Les symptômes étant la plupart du temps hétérogènes, les médecins peu sensibilisés  et le diagnostic difficile le chemin vers le traitement est souvent long et douloureux. De plus certains de ses symptômes se confondent avec d’autres maladies chroniques. C’est pourquoi en cas de doute il est important de s’adresser à un spécialiste des douleurs chroniques tel qu’un rhumatologue, un neurologue ou un médecin exerçant dans un centre d’évaluation et de traitement de la douleur. Les causes exactes de la maladie n’étant pas clairement définies les soins proposés sont plus palliatifs que curatifs.  Il est important de souligner que le médicament n’est pas la réponse prioritaire et que les meilleurs résultats sont obtenus grâce à la mise place par un médecin spécialiste d’un programme global non-médicamenteux.

Le traitement non-médicamenteux :

  • Il s’agit en premier lieu d’essayer d’améliorer son hygiène de sommeil couchage et lever à heures fixes, alimentation adaptée, éviter les lumières bleues avant le coucher, utilisation de la méditation pour favoriser l’endormissement… L’objectif est d’arriver à atteindre les 8 heures de sommeil indispensables.
  • La pratique d’une activité sportive adaptée régulière, encadrée par un professionnel est souvent prescrite afin d’agir sur le contrôle de la douleur au niveau cérébral. Des séances hebdomadaires de 30 minutes d’exercices pendant un minimum de 3 mois sont préconisées. L’intensité et la durée des séances évoluent progressivement en fonction de l’état du patient.
  • Une prise en charge psychologique est souvent recommandée afin de réduire les facteurs aggravants tels que le stress, l’anxiété. Un soutien mental est indispensable et les thérapies cognitivo-comportementales assurées par un psychiatre peuvent permettent de diminuer les douleurs.
  • S’informer et échanger sur la maladie, grâce à des programmes d’éducation thérapeutique, qui sont aussi d’une grande aide et permettent entre autre de casser l’isolement social.

Les principaux traitements pharmacologiques :

  • Médicaments antalgiques, antiépileptiques, antidépresseurs à utiliser avec beaucoup de prudence car l’efficacité peut être aléatoire et les effets secondaires importants. Les plus prescrits sont en général Tramadol, Duloxétine et Milnacipran.
  • La stimulation magnétique transcrânienne.

CBD et fibromyalgie.

Aucun traitement n’étant actuellement disponible il est important de rappeler que le CBD ne doit pas être considéré comme un médicament mais plutôt comme un produit de bien-être qui va contribuer à améliorer la qualité de vie. Face aux échecs des traitements conventionnels, de nombreuses pistes sont explorées par les patients pour soulager leurs maux. La méditation, l’acuponcture ou l’utilisation des cannabinoïdes sont des options souvent choisies. Les nombreuses propriétés du CBD sont complémentaires des principaux symptômes de la fibromyalgie et les études sur le sujet se multiplient. Cependant il est important de noter que la plupart de ces études concernent le cannabis thérapeutique et sont donc réalisées avec des produits riches en CBD et en THC. Quelques études focalisées sur le CBD existent mais elles sont trop peu nombreuses pour que l’on puisse tirer des conclusions définitives.

Pour bien comprendre ce que pourrait apporter le CBD on peut tout d’abord se baser sur les effets connus. Le CBD agit indirectement sur le système endocannabinoïde.
Pour rappel le SEC est un réseau de récepteurs disséminés dans l’ensemble du corps de la plupart des mammifères. Ces récepteurs dits CB1 et CB2 peuvent être activés par les cannabinoïdes qui sont soit produits par le corps, on parle alors d’endocannabinoïdes comme l’anandamide (molécule du bonheur) ou des cannabinoïdes venus de l’extérieur et principalement issus de la plante de Cannabis Sativa appelés phytocannabinoïdes.

L’activation de ces récepteurs participe à l’équilibre général de notre corps appelé homéostasie. Ils agissent sur l’humeur, la douleur, le stress, le sommeil, la relaxation musculaire. On dit que le CBD agit indirectement car contrairement au THC qui se lie directement aux récepteurs pour nous influencer, le CBD va plutôt jouer un rôle de régulateur en ralentissant notamment la dégradation de l’anandamide et prolongeant ainsi ses effets bénéfiques antalgiques, relaxants, antistress…

Grâce à son action sur le SEC le CBD va permettre de réduire le stress, d’améliorer l’endormissement, de relaxer les muscles et il aura un effet antalgique. Il couvre donc un large spectre des symptômes de la fibromyalgie. On pourrait donc être tenté de penser qu’il serait capable d’améliorer le quotidien des personnes atteintes de fibromyalgie. Cependant rien n’est pour l’heure scientifiquement prouvé, il faudra attendre des études plus abouties sur le sujet et spécifiquement dédiées au CBD pour pouvoir se prononcer sur son efficacité. (1)(2)

De plus, selon certaines études une éventuelle déficience du SEC serait une piste intéressante pouvant être à l’origine de la défaillance des mécanismes d’interprétation des signaux de la douleur.  Dans ce cas précis le CBD permettrait de compenser ce manque. (3)

De nombreux pays dans le monde ont légalisé l’utilisation du cannabis thérapeutique. La France est en phase d’expérimentation sur environ 3000 patients depuis mars 2021. Une des indications thérapeutiques retenue pour les essais concerne  « la spasticité douloureuse de la sclérose en plaques ou des autres pathologies du système nerveux central ». On sait aujourd’hui que le cannabis thérapeutique est largement utilisé en traitement d’appoint pour soulager les patients victimes de douleurs chroniques telles que les polyarthrites rhumatoïdes, l’arthrose, les douleurs neuropathiques et dorsales notamment en remplacement d’opiacé ayant fait des ravages ces dernières années. Un rapport de 2017 de l'académie nationale de sciences, d'ingénierie et de médecine des États-Unis valide l’efficacité du cannabis thérapeutique pour le soulagement de ce type d’affections. Aux US le cannabis thérapeutique est principalement prescrit afin de soigner les douleurs chroniques non cancéreuses (DCNC). (4)

Le CBD agirait sur les systèmes vanilloïdes et sérotoninergiques qui sont impliqués dans la gestion des signaux de la douleur. Le CBD serait en mesure d’inhiber l’activité des récepteurs vanilloïdes ce qui réduirait les signaux de douleur envoyés au cerveau. En stimulant les récepteurs sérotoninergiques, il serait aussi susceptible d’augmenter notre niveau de sérotonine et induire une modulation de la nociception. En terme clair ceci pourrait avoir un impact sur notre relation à la douleur et la manière dont nous la ressentons. L’accumulation de sérotonine permet aussi la production de dopamine qui contribue au bon déroulement de notre sommeil ce qui est un point clé dans l’amélioration du quotidien des personnes fibromyalgiques. (5)(6)

Il est indispensable d’intégrer cette cure de CBD à un programme non-médicamenteux global préconisé par un médecin spécialiste. C'est-à-dire un suivi psychologique, des routines afin d’améliorer son hygiène du sommeil et une activité sportive adaptée hebdomadaire. Activité sportive et CBD pourraient être complémentaires car le sport permet de produire de l’endorphine (opiacé naturel) et selon plusieurs études le CBD prolongerait et améliorerait les effets des opiacés. Cette synergie potentielle entre opioïdes, système d’endorphine et système endocannabinoïde serait donc susceptible d’agir sur notre perception de la douleur. (7) Pensez à toujours demander l’avis de votre médecin en cas de traitement médicamenteux lourd avant de commencer une cure de CBD.

Comment utiliser le CBD ?

Plusieurs méthodes de consommation du CBD s’offrent à vous inhalation, infusion, ingestion mais la plus efficace et celle qui vous permettra de doser vos prises de manière précise en ayant la meilleure biodisponibilité est l’utilisation de l’huile en prise sublinguale.

Vous pourrez retrouver ici toutes les informations concernant le dosage de l’huile de CBD.

Nous allons néanmoins vous résumer les principales informations :

  • L’huile se prend sous la langue car c’est un des organes les plus vascularisés, c’est donc le moyen le plus efficace de faire passer le principe actif dans votre sang avec une perte minimale des effets. Attention à ne pas ingérer directement votre huile car dans ce cas la digestion vous ferait perdre de nombreuses propriétés.
  • Le dosage est fonction de votre poids et de l’intensité des maux que vous envisagez de soulager. Un traitement léger commence à 20 mg et un traitement lourd peut aller jusqu’à 300 mg et + / jour.
  • Pour connaître le nombre de milligrammes par gouttes il suffit de diviser le nombre de milligrammes contenus dans un flacon par le nombre de gouttes disponibles. Exemple : on sait qu’une fiole de 10 ml contient 200 gouttes. Un flacon dosé à 30% contient 3000 mg de CBD donc une goutte sera égale à 15 mg.
  • Pour être efficace le CBD doit être pris en cure d’environ 10 jours.
  • Les huiles Full Spectrum c'est-à-dire contenant l’ensemble des composés présents dans la plante sont plus efficaces car elles bénéficient d’un potentiel effet d’entourage.
  • En cas de doutes demandez l’avis de votre médecin avant de commencer un traitement.

 

(1) Jimena Fiz, M Durán (2011). Cannabis Use in Patients with Fibromyalgia: Effect on Symptoms Relief and Health-Related Quality of Life.

(2) Iftach Sagy, Lihi Bar-Lev Schleider (2019).  Safety and Efficacy of Medical Cannabis in Fibromyalgia.

(3)  Russo, E. B. (2004). Clinical endocannabinoid deficiency (CECD): can this concept explain therapeutic benefits of cannabis in migraine, fibromyalgia, irritable bowel syndrome and other treatment-resistant conditions? Neuro Endocrinology Letters .

(4) Andreae et al. (2015). Inhaled Cannabis for Chronic Neuropathic Pain: A Meta-analysis of Individual Patient Data.

(5) Bisogno T, Hanuš L, De Petrocellis L, Tchilibon S, Ponde DE, Brandi I, et al. (2001). Molecular targets for cannabidiol and its synthetic analogues: effect on vanilloid VR1 receptors and on the cellular uptake and enzymatic hydrolysis of anandamide.

(6) Yang K-H, Galadari S, Isaev D, Petroianu G, Shippenberg TS, Oz M. (2010). The nonpsychoactive Cannabinoid cannabidiol inhibits 5-hydroxytryptamine3A receptor-mediated currents in Xenopus laevis oocytes. J Pharmacol Exp Ther.

 (7) Abrams, D. I., Couey, P., Shade, S. B., Kelly, M. E., & Benowitz, N. L. (2011). Cannabinoid-opioid interaction in chronic pain. Clinical Pharmacology and Therapeutics.